« Prendre soin au milieu du chaos : l’invention des possibles » Festival Etonnants voyageurs

Autour de la table ronde : Jean HEGLAND, Rodrigo BLANCO CALDERON, Yara EL-GHADBAN

Parmi les personnages principaux des derniers romans de ces trois auteurs : la forêt (Jean HEGLAND, Le temps d’après), des flamants roses (Yara EL-GHADBAN, La danse des flamants roses), des chiens abandonnés (Rodrigo BLANCO CALDERON, De l’amour des chiens).

Ils se déroulent dans des contextes d’atteinte de bout du monde, d’un monde contraint à se réinventer, contextes post-apocalyptiques ou presque même si l’on ne sait pas toujours en quoi a consisté l’Apocalypse. Au Vénézuela dont est natif R. Blanco Calderon, ce sont 9 millions de compatriotes qui ont quitté le pays rappelle-t-il, avec pour conséquence l’abandon d’un nombre considérable d’animaux domestiques et le projet d’ouvrir une improbable fondation pour les prendre en charge. L’occasion pour R. Blanco Calderon de faire référence à la magnifique citation d’une poétesse uruguayenne dont je n’ai malheureusement pas réussi à prendre le nom à la volée :

Puisque tu n’es à l’abri de rien, essaie toi-même de sauver quelque chose.

C’est bien de cela dont il s’agit dans ces trois romans, de sauver ce qui peut l’être, et plus encore de nouer des liens jusque-là inconnus, jamais expérimentés, avec la forêt devenue unique ressource et rempart contre les dangers, avec le monde animal, avec le vivant de manière plus générale, et avec les autres hommes dans un cadre d’existence intégralement transformé. Y. El-Ghadban voulait ainsi faire du territoire palestinien le lieu du début d’une autre histoire, rappelant au passage la force inépuisable de l’espoir à ses yeux :

Si l’espoir n’était pas si puissant, il n’y aurait pas tant de tentatives de le tuer.

Comme elle le dit, ce n’est rien de moins qu’une utopie qu’il s’agissait pour elle d’écrire.

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Badjens, de Delphine Minoui

Avec son dernier roman Badjens, Delphine Minoui nous parle d’un Iran d’aujourd’hui où les jeunes femmes ont entrepris un soulèvement pour faire entendre leur voix, pour être respectées au même titre que les hommes, pour avoir le choix de porter ou non leur foulard.

Comme nous l’a dit l’autrice au salon Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, ce roman, c’est un pas de côté par rapport à son métier de journaliste. Il y a d’abord un propos, le port du voile obligatoire en Iran, et après elle a tissé un fil imaginaire grâce à la fiction pour raconter l’histoire de cette jeune fille.

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Séance inaugurale au Festival Etonnants voyageurs sur le thème « Un air de liberté »

Autour de la table ronde : Paul LYNCH, Leïla SLIMANI, Lauren GROFF, Djamila RIBEIRO. Modeste capture d’échanges très nourris sur le thème de la liberté, en toute subjectivité…

Paul LYNCH présentait son dernier roman Le Chant du prophète lors du festival et ce fut l’occasion pour lui de livrer l’intention qui y a présidé : « montrer ce que l’on prend pour acquis : la civilisation, la liberté », montrer la « fausseté dangereuse » de cette croyance, de cette incroyable méprise.

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photo de la rencontre au théâtre Chateaubriand de Saint-Malo : la réalisatrice Eliza Levy et l'anthropologue Philippe Descola.

Descola, le naturalisme et la mouette voleuse de kouignamann

De retour du festival Étonnants voyageurs auquel j’ai eu la joie de me rendre en compagnie des Liseuses de Bordeaux, les images bouillonnantes remontent à la surface (ce fut intense !), accompagnées des odeurs de mer et de crêpes saucisses mêlées, le souvenir de lectures bien vivantes par les auteurs présents (Lola Lafon, Paul Lynch…), les sons épars de paroles entendues ici ou là, qu’il s’agisse de commentaires émerveillés à la suite d’une rencontre passionnante ou de l’agacement, pour ne pas dire la colère de certains festivaliers s’étant vus refuser l’entrée à un événement tant convoité, malgré de longues files d’attente…

Parmi les temps forts de ce festival auxquels j’ai eu la chance de participer, il y a eu, le dimanche matin, la projection du documentaire Composer les mondes d’Eliza Lévy, dont la caméra suit les tribulations d’étranges animaux nocturnes, et, sans transition, Philippe Descola et Anne-Christine Taylor, sa femme, ethnologues tous les deux, à la rencontre d’habitants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

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