Jean Baptiste Andrea : un homme épris de liberté

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On ne pouvait pas mieux commencer cette édition de Lire en Poche 2019.
L’auteur, Jean-Baptiste Andrea, comme ses romans, cultive ce besoin de liberté.
C’est avec une centaine de lycéens que je l’ai rencontré, pour parler de son roman Ma reine, sélectionné pour le prix Folio des lycéens.
Déjà auréolé de 12 prix littéraires, ce roman raconte l’histoire de Shell, un jeune garçon déscolarisé car différent des autres. Il vit avec ses parents âgés et un peu débordés par cet enfant qui demande tant d’attention.
Un jour, Shell décide de partir à la guerre (si elle est dans la télé c’est qu’elle ne doit pas être très loin), mais son périple s’arrêtera non loin de chez lui, dans la vallée de l’Asse. C’est ici qu’il fera la connaissance de Viviane qui va bouleverser sa vie. Elle va l’aider à se cacher et ces deux êtres fragiles seront liés à jamais. Viviane devient sa reine et grâce à elle, Shell aura le sentiment de devenir enfin quelqu’un d’important.
C’est un roman où la nature tient une place prépondérante. Elle est mise en valeur par ce personnage qui ressent les choses de façon primitive, sans codes sociaux, ce qui le rend plus proche de ses sens.

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Une envie de chantilly

Comment vous expliquer que, sans cette maudite chantilly, ce roman n’aurait pas existé. Et d’un autre côté si je vous dis pourquoi, vous n’aurez plus de raison de lire ce roman.

Choisir un titre est important. C’est un peu comme La vraie vie. On s’interroge. Encore un feel good avec en plus une couverture tape-à-l’œil (de hyène) ? Non. Ce roman est tout autre.

Nous avons là une famille bien calibrée : un couple avec deux enfants vivant dans un lotissement, quoi de plus banal. Lorsqu’on y regarde de plus près, on découvre un père nerveux et violent (mais qui pleure en écoutant Claude François) à « la carrure d’équarrisseur », passionné de chasse, de TV et de whisky. La mère soumise s’adapte comme elle peut aux humeurs de son mari. Elle ne semble pas servir à autre chose qu’à faire la cuisine et apporte plus d’amour à ses chèvres qu’à ses enfants. Gilles et sa sœur passent la plupart de leur temps dans une décharge et vont voir leur destin bouleversé à cause d’une envie de chantilly (on y revient).

Le plus étrange dans cette famille, c’est la place qu’occupe « la chambre des cadavres » dans leur maison. On y trouve des animaux empaillés qui semblent continuer à exister. Gilles va d’ailleurs changer et sa transformation effraie tellement sa sœur qu’elle décide d’inventer une machine à remonter le temps.

« Ce qui vivait à l’intérieur de la hyène avait migré dans la tête de mon petit frère. Une colonie de créatures sauvages s’y était installée, se nourrissant des lambeaux de sa cervelle. Cette armée grouillante pullulait, brûlait les forêts primaires et les transformait en paysages noirs et marécageux. »
Par moment, j’ai pensé au Magasin des suicides de Jean Teulé en lisant La vraie vie. A la fois drôle et grinçant, ce livre nous fait découvrir des personnages attachants comme ce professeur Pavlovic et son épouse au masque blanc. Nous avançons page à page cachés dans la tête de l’héroïne courageuse, prête à tout pour sauver son frère. Et rien que d’y penser, j’en frissonne encore.
Babeth, février 2019