Tous les silences ne font pas le même bruit de Baptiste Beaulieu

C’est beau un homme quand même. Un homme, un vrai. Un homme comme Baptiste Beaulieu qui respecte les femmes, qui les soutient parce qu’il les voit dans son cabinet, il les entend.

« Ma femme est en pleine ménopause. Elle est de mauvaise humeur. J’ai droit à rien, même pas à une petite caresse de dépannage de temps en temps ». Sa femme se débat avec les bouffées de chaleur, les sautes d’humeur, le moral en berne, le maelström hormonal, et lui en bon gros mâle pourri gâté, il boude parce qu’il n’a même pas droit à ses caresses « de dépannage ».
Alors oui, tu le sais, on te dira « pas tous les hommes », comme si tu ignorais ce qu’est une généralisation abusive ! Et bien tu t’en fous : tant qu’il restera un seul pourri, il en sera de la responsabilité des autres de l’écarter, le temps qu’on lui inculque ce qu’il faut de respect et de dignité. Albert Camus disait « un homme ça s’empêche ».

Ce médecin, chroniqueur sur France Inter, qui ose dire les inégalités, les injustices, est aussi un écrivain. Alors lisez le, et en particulier Tous les silences ne font pas le même bruit. Il nous parle de sexualité, de toutes les sexualités mais surtout d’amour entre les êtres, quel que soit leur sexe. Nous vivons dans une société où nos identités sont politiques.

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Suffit-il d’observer pour connaître ?

Tibi la Blanche d’Hadrien Bels

C’est dans un camp naturiste que j’ai lu Tibi la Blanche. Là où aucun corps ne se ressemble, où chacun s’accepte tel qu’il est. Blanc, noir, grassouillet ou maigrichon. Dakar est bien loin de moi, et je ne suis jamais allée en Afrique. Je ne connais pas grand chose des coutumes et de la culture sénégalaise. Je découvre dans ce roman une nouvelle génération en questionnement sur son pays et un rapport à la France en mutation. Hadrien Bels est marseillais (ville qui était au cœur de son premier roman). Il a épousé une sénégalaise soninkée et c’est en vivant à Dakar avec sa belle-famille pendant le confinement, que ce roman Tibi la Blanche est né. Tibi, pour Tibilé, qui veut fuir Dakar et partir étudier en France après son bac. Hadrien Bels dit que c’est une résistante, elle est comme les français, elle se met en grève tout le temps !  Alors que Tibi est Soninkée, Issa est Peul. Pour lui seule compte la mode. Sa meilleure amie c’est sa machine à coudre qui lui permettra de devenir styliste. Il représente l’Afrique qui inspire le monde car Dakar est une ville en ébullition culturellement et artistiquement dans cette période post COVID. Et Neurone, comme son surnom l’indique, c’est l’intello de la bande. Il est amoureux de Tibi mais c’est un Diola. Plusieurs ethnies cohabitent ensemble dans le quartier où ils ont grandi mais les choses se compliquent dès que l’on parle de mariage.

Un Diola ne se marie pas avec une Soninkée. A la limite, un homme Soninké pourrait se marier avec une Diola. Et encore, entre deux ruelles bien sombres. Les traditions déteignent trop, dans la bassine du mariage. La communauté Soninkée est une armoire bien rangée : les nobles avec les nobles, les forgerons avec les forgerons, les esclaves avec les esclaves, les marabouts et les griots entre eux. Et c’est la cuisine des femmes de faire en sorte qu’il n’y ait pas de mélange. Elles s’occupent de marier leurs filles ou de choisir pour leur garçon. Un plan pour chacun. S’il y a de l’amour tant mieux s’il n’y en a pas, on dit que « l’amour vient après.

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KEROZENE d’Adeline Dieudonné


Vous avez déjà ressenti ça ? Le sentiment d’un arrêt sur image. Une fin de soirée estivale, vous vous arrêtez dans une station sur l’autoroute. Il y a juste un bruit de fond de voitures qui roulent, vous observez les personnes que vous croisez et vous imaginez leur vie. Comme si vous regardiez le tableau de Hopper Essence : l’image est figée et pourtant vous inventez une histoire. C’est exactement l’ambiance dans laquelle on se trouve en lisant Kérozène.


Entre 23h12 et 23h14, quinze personnages vont se croiser dans une station service. Chapitre après chapitre, l’auteur va nous dépeindre, avec son humour mordant et son imagination débordante, des morceaux de leur vie. Il y a un mannequin qui veut tuer des dauphins, une employée philippine soumise à ses patrons, un représentant en acariens qui a des problèmes d’érection et même un cheval à la vie tumultueuse. Au début, on lit ces portraits comme des nouvelles. Peu à peu, on se rend compte que certains personnages ont un lien entre eux. Il faut revenir en arrière pour comprendre un événement comique alors que nous n’avions pas tous les éléments en main au moment de la lecture ! C’est comme un jeu de piste avec un dénouement tragique pour certains d’entre eux. Comme dans l’émission Strip-tease (certains d’entre vous se souviendront peut être de ces documentaires belges farfelus), Adeline Dieudonné est dans le réalisme social. Un humour glaçant et singulier au service de la vérité.

JULIE

Je n’avais jamais joui avec mon mari.

Je l’aime. Vraiment.

Mais je crois que quelque chose a déraillé à un moment.

Il y avait la maison de mes beaux-parents. Une maison rose. Ça, je m’en souviens. Elle était rose et sentait le désinfectant. Roger et Marie aussi… Roger pétait. Dans son pantalon en toile beige qu’il portait haut, la ceinture juste sous les côtes. Marie et Olivier faisaient mine de ne pas le remarquer mais il pétait, avec le naturel et la décontraction d’un enfant de deux ans. Merde. Ces choses-là peuvent arriver mais on s’excuse. On rougit un peu, on se tortille, on invoque des problèmes intestinaux, je sais pas. Et la complicité des deux autres. Ce silence. J’avais fini par penser que c’était une conspiration contre moi. Une forme de coalition compacte entre père, mère et fils.

Babeth, le 16 juin 2021

Cent millions d’années et un jour

Cent millions d'années et un jour, de Jean-Baptiste AndreaAvec ce post continue l’exploration des cinq romans sélectionnés pour le Prix des lecteurs-Escale du Livre 2020.
Cette fois-ci, partons en quête d’un squelette de dinosaure avec l’auteur Jean-Baptiste Andrea.

Nous sommes dans les années 50, en montagne, entre la France et l’Italie, à la recherche du squelette d’un dinosaure. Voilà ce qui hante Stan, paléontologue proche de la retraite, qui ne peut finir sa carrière sans cette ultime aventure.
Alors que l’équipe scientifique avance vers le glacier, affrontant le froid et les difficultés, les souvenirs d’enfance envahissent ce paléontologue épris de liberté. Le glacier devient un personnage à part entière, créant une ambiance de huis clos où se mélangent le passé et le présent. Au-delà de la recherche du fossile, c’est une quête existentielle que l’auteur a voulu nous faire partager.

Babeth, 6 mars 2020