Il y a ce que j’ai aimé dans ce roman et dont vous parleront les très bonnes critiques qu’il a reçues : ce roman est drôle, fin, tendre, juste… Les personnages y existent de manière manifeste et crèvent chaque page, le père Hédi, la mère Amani, le fils Salmane qui nous pilote dans l’histoire, le pote Archie, d’autres encore et « La Caverne », ce lieu où ils vivent et où l’on vit avec eux, parcourant tous ses recoins en soi sinistres, moroses mais ce n’est pas avec cet œil-là qu’on les parcourt. La Caverne, 7 tours HLM dotées de noms d’oiseaux plantées à l’orée d’une forêt certes mais relayées par un seul bus qui s’arrête loin avec à proximité un supermarché qui a fermé et dont Le Parking, personnage lui aussi à part entière du roman, est squatté.
Il y a donc ce que j’ai aimé, les personnages, la drôlerie, la tendresse qui déborde même dans les pires errements de la pudeur et du déni, les lieux qui sont de véritables personnages dès le départ, de manière évidente, et il y a ce que j’ai adoré et qui transcende encore tout cela : on est tout de suite, sans question, sans hésitation, Salmane, 36 ans, vivant dans une tour HLM avec ses parents dans soixante-sept mètres carrés, passant ses soirées à boire et fumer sur Le Parking puis à rentrer à l’aube pour dormir dans sa chambre au lit une place avec des Schtroumpfs en tapisserie, avant d’aller embaucher dans un resto qui fait à la fois kebabs et sushis alors qu’il est titulaire d’un master d’histoire. Dès la première minute, on est complètement d’accord pour être lui, une magie fait qu’on comprend pourquoi il reste, ce qui l’attache positivement à ce lieu et à cette vie qui n’en est pas une. Dès la première minute, on ressent tous ces petits détails du quotidien, lieux, objets et on prend la mesure de deux choses : les choses les plus modestes pour ne pas dire médiocres sont notre soubassement, ce qui nous construit, nous façonne, nous porte et on n’est absolument jamais ce que l’on paraît être en superficie.
Cette Caverne, qui est devenue leur écosystème dans lequel les parents ont voulu s’ancrer et l’on découvrira pourquoi, dont le fils ne veut pas se détacher, les a façonnés pour le pire mais aussi pour le meilleur car pendant que le temps passe, beaucoup de fils se nouent à l’intérieur des personnages qui, en superficie, ne bougent pas d’un pouce. Ce roman c’est aussi une ode à cela, au fait que l’on peut être dans son quotidien d’un immobilisme absolu alors que pendant ce temps quelque chose de complètement différent peu à peu grandit en soi. Ce roman est une ode à la profondeur des êtres, loin de toute superficialité et parfaitement inaccessible aux jugements hâtifs que l’on porte sur les gens. Ah oui j’allais oublier, tout démarre quand Hédi s’aperçoit qu’Amani a disparu et vient chercher Salmane sur Le Parking…
France, janvier 2026
Quatre jours sans ma mère, Ramsès Kefi, Editions Philippe Rey, 2025