Un homme ça ne pleure pas

Professeur stagiaire en Seine-Saint-Denis, Mourad nous raconte son histoire familiale et professionnelle. C’est avec un humour décalé et un certain cynisme que ce garçon réservé partage ses pensées : sur sa mère qui est une « pieuvre aussi aimante qu’envahissante » ; sur sa sœur Dounia, partie très jeune de la maison familiale pour devenir avocate et militante. Une grande partie du roman tourne autour de ces deux femmes au caractère bien trempé que tout semble opposer. Il y a aussi le cousin Miloud qui vit aux frais de la princesse (princesse liftée de 30 ans son aînée).

Je ne vous ferai pas le détail de tous les personnages du roman, mais ils sont tous dépeints de façon très réaliste, autant pour la famille de Mourad que les enseignants ou les élèves qu’il côtoie. Faïza Guène m’a accrochée par son écriture moderne, ses paragraphes courts et incisifs. Même les titres des chapitres sont des trouvailles toujours bien senties. Mais derrière cet humour se cache une tendresse (notamment pour le personnage du père de famille Abdelkader surnommé « le padre ») et une profondeur lorsqu’elle aborde des sujets sensibles. Je vous conseille d’ailleurs le chapitre « Le syndrome de Babar » qui est à la fois croustillant et bourré de vérités sur les sujets toujours aussi controversés du port du voile à l’école et de la laïcité.

Je ne dirais qu’un mot : Bravo Faïza. Je vous ai connue grâce aux podcasts de Lauren Bastide (La poudre). Je vais donc me jeter sur Millenium Blues et si j’en crois Instagram, le prochain roman devrait sortir en 2020.

Quelques extraits :

J’aurais aimé entendre la voix froide de cette femme automatique dire : « Pour re-com-men-cer vo-tre vie et re-par-tir de zé-ro, ta-pez 4. » Alors j’aurais tapé 4, et la même voix aurait ajouté en riant : « Hé hé hé, a-bru-ti, per-sonne ne re-part ja-mais de zé-ro, pas même les A-ra-bes qui l’ont pour-tant in-ven-té, comme di-rait le pa-dre… »

Page 47, tu as écrit : « je ne suis pas faite pour être soumise »
Nous sommes tous soumis, qu’on le veuille ou non. Il y a ceux qui se soumettent à Dieu, dans une soumission totale et visible. D’autres, malgré eux se soumettent aux lois des marchés financiers, aux diktats de la mode, ou à l’être aimé.

Pour aller plus loin :
Podcast de l’émission La poudre avec Faïza Guène

 

Babeth, 12 novembre 2019

Un homme, ça ne pleure pas

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Le titre est éloquent et évoque, d’emblée, quelques tabous sociétaux et les places bien séparées des hommes et des femmes. Faïza Guène nous offre ici un superbe roman dans lequel nous suivons pas à pas le chaos d’une famille algérienne, empêtrée dans des conflits intergénérationnels nés de l’acculturation.
Un père, ancien cordonnier, analphabète, tente de s’adapter à d’autres destins pour ses enfants. Une mère, une mère « pieuvre », dévorante d’amour autant que nourricière, agrippée à ses propres repères de femme. Des enfants qui grandissent et dont la liberté fait peur.
C’est une jolie histoire de destins croisés, et de frères et sœurs si différents… Le texte est léger, semé d’humour, un texte qui ne juge pas.

Et puis de très beaux passages…

Les joues de ma mère sont douces et encore bien rebondies. Ses rides, ce sont les lignes du livre qu’elle n’a jamais pu écrire. C’est l’histoire de sa vie qui se dessine dans le coin de ses yeux. Les plis sur son front, ce sont autant d’inquiétudes, d’attentes à la tombée de la nuit…

Laetitia, 19/02/2016