C’est quoi être une femme ?

A mains nues d'Amandine Dhée

C’est compliqué une femme. Ce ne sont pas les hommes qui diront le contraire. Mais une chose est sûre, c’est que, même si Amandine Dhée ne donne pas de solution à cette interrogation « C’est quoi une femme ? », on se sent tellement moins seule quand on a lu A mains nues.
Ce livre est une sorte de journal intime qui, par sa structure, devient universel. La narratrice d’aujourd’hui parle à la première personne, et lorsqu’elle s’interroge sur celle qu’elle a été (la petite fille, l’adolescente, la jeune adulte), le texte est écrit à la troisième personne.
Peu à peu, Amandine s’efface pour laisser la lectrice (ou le lecteur) s’identifier et permet aussi le dialogue entre l’enfant, la jeune femme et l’adulte que nous sommes. Retour dans la cour de récré lorsqu’il faut mettre la langue pour embrasser un garçon, ou l’inquiétude de voir une tâche de sang lorsque les règles arrivent. Qui n’a jamais été mal à l’aise allongée chez la gynéco ? Le premier orgasme, l’envie de couple comme une garantie, la sexualité 2.0, la colère d’être considérée comme un objet, le sexe politiquement correct, les efforts pour être désirable, l’envie d’un travail qui ait du sens tout en fondant une famille.
A travers de nombreuses expériences que chacune a pu vivre, cette autrice interroge la question des normes imposées par la société. La narratrice extirpe son désir à mains nues. A la fois tendre et drôle, ce texte nous fait avancer, sans tabous, pour cesser d’avoir peur de nous-même et faire confiance à nos envies.

« Une autre fois, un homme refuse de la lécher. Elle le regarde, étonnée de cette frilosité. Certes, tous les goûts sont dans la nature. Mais peut-on repousser le sexe des femmes comme un plat peu apprécié, non merci, je prendrai plutôt un coude ou un mollet, un sein, à la limite. J’y vais, mais je ne lèche pas. Je me déshabille mais je garde les chaussettes, je ne mange pas la tête des crocodiles, les oreilles du petit-beurre. Du sexe qui refuse de se perdre, qui énonce ses limites avant même de commencer, et érige un périmètre de sécurité autour de ma vulve. Serait-elle sale ? A l’heure où l’on fourre des parfums de synthèse dans les serviettes hygiéniques, il y a urgence à embrasser le sexe des femmes, le chérir, le consoler de tant de bêtise. Elle se demande d’où viennent pareilles innovations… Non vraiment, ce n’est pas le moment de refuser de lécher les femmes, mais plutôt d’y voir, en plus du plaisir, un acte politique d’une grande noblesse. Elle comprend soudain que les révolutions ne se vivent pas seulement derrière des barricades. »

Babeth, 23 mars 2020