Petit pays de Gaël Faye

Un roman, sorti en 2016 aux Editions Grasset et Fasquelle, que j’ai trouvé à la fois poignant, drôle aussi parfois… et très perturbant. Roman qui m’a laissée soufflée et sans voix à sa fermeture. 

Il était une fois une guerre civile, une haine qui monta insidieusement et de façon incompréhensible entre 2 peuples cousins, les Tutsis et les Hutus, du génocide qui en découla et qui brisa la vie de milliers et de milliers de personnes ainsi que celles de leurs familles dans les années 93-94… juste à cause de la forme d’un nez, selon le papa de Gaby, le narrateur, vraiment, c’est sérieux, c’est possible ça ?

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La Végétarienne de Han Kang

Un drôle de titre quand même, et à mon sens un titre un peu réducteur… Je l’avoue, cela a contribué au fait que je découvre cette auteure coréenne Prix Nobel de littérature 2024 par Impossibles adieux (Prix Médicis 2023) avant de poursuivre mon exploration de son univers par ce roman-ci. Sont tour à tour convoqués, pour caractériser le style de HAN KANG, prose poétique et réalisme magique ainsi que la figure d’Haruki Murakami. 

Je ne me prononcerais pas sur la comparaison avec Murakami qui à certains égards ne me semble pas si juste mais je ne résiste pas à tracer un parallèle avec son dernier roman, La cité aux murs incertains. Alors qu’il y propose une vision marquante de la frontière entre réel et irréel en disant que oui, cette frontière existe mais qu’elle est incertaine et change constamment à la façon d’un être vivant, la même image s’avère parfaitement appropriée pour résumer la conception de la frontière entre normalité et anormalité qu’Han Kang nous livre dans La végétarienne. La frontière existe certes, mais elle est ténue, labile, mouvante. 

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Les Sources de Marie-Hélène Lafon

Dans ce court roman en lice pour le prix des lecteurs 2025, Marie-Hélène Lafon nous plonge dans la vie intime et rurale d’une famille de fermiers des années 70.

Cette famille apparait assez rapidement comme dysfonctionnelle au fil de la lecture. Les descriptions photographiques de la mère, du père et des trois enfants dans les scènes de vie du quotidien ont un gout âpre et font naitre une ombre. Cette sensation malaisante s’accentue quand on comprend que la violence est une composante centrale de la dynamique familiale.

Dans le cadre des violences conjugales, un des partenaires assoit son autorité sur l’autre avec la volonté de le dominer. Dans ce texte, la mère est accablée par son quotidien, sa charge de travail pour tenir la maison et éduquer les enfants. On ressent cette lourdeur étouffante dans son accablement, son apathie qui se meut en lente dépression. Elle semble dissociée de son corps, effectuant ses tâches par automatisme. Mettre en place des stratégies de protection est un des moyens qu’elle a trouvés pour éviter les foudres de son partenaire. L’aura du père est présente à chaque instant, elle doit bien faire les choses et tenir son rôle de femme au foyer sinon gare aux regards, aux humiliations, aux coups. La Violence dont on parle est multimodale ; elle est physique, psychologique, sexuelle, verbale. Rien n’est épargné dans cet écrit à qui sait repérer la violence, mais elle reste insidieuse, fondue dans un décor rural où la nature est plus grande.

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Tous les jours, Suzanne de La Grande Sophie

Voilà 20 ans que j’écoute La Grande Sophie. Découverte lors du festival « Jours de fête à Mussonville » à Bègles en 2004, j’ai craqué pour cette nana atypique. Je ne suis pas une dingos de la foule et des concerts, pourtant en 2013, j’embarque ma copine basque, la petite Sophie, rencontrer La Grande à Tarnos sous un chapiteau au Festimai. J’étais au bord des larmes lorsqu’elle est descendue dans le public tout près de nous. En 2019, c’est au Rocher Palmer que je retrouve la Grande Sophie, avec toujours autant d’émotions.

Alors, évidemment, lorsque je découvre qu’elle a écrit un livre et qu’elle passe à l’entrepôt du Haillan…je fonce. Ma place pour le spectacle est au chaud depuis deux mois sur mon bureau et j’attends patiemment le 14 mars. Le livre Tous les jours Suzanne, je viens de le terminer. La Grande Sophie est née comme moi en 1969, et Suzanne est un prénom auquel je suis attachée, puisque c’est le second prénom de ma fille et qu’il me rappelle un être cher. Ça faisait trop de coïncidences pour passer à côté. Les lettres que la Grande Sophie adresse à Suzanne nous dévoilent ses failles, ses doutes, ses joies et ses peines.

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