Autour de la table ronde : Paul LYNCH, Leïla SLIMANI, Lauren GROFF, Djamila RIBEIRO. Modeste capture d’échanges très nourris sur le thème de la liberté, en toute subjectivité…
Paul LYNCH présentait son dernier roman Le Chant du prophète lors du festival et ce fut l’occasion pour lui de livrer l’intention qui y a présidé : « montrer ce que l’on prend pour acquis : la civilisation, la liberté », montrer la « fausseté dangereuse » de cette croyance, de cette incroyable méprise.
De retour du festival Étonnants voyageurs auquel j’ai eu la joie de me rendre en compagnie des Liseuses de Bordeaux, les images bouillonnantes remontent à la surface (ce fut intense !), accompagnées des odeurs de mer et de crêpes saucisses mêlées, le souvenir de lectures bien vivantes par les auteurs présents (Lola Lafon, Paul Lynch…), les sons épars de paroles entendues ici ou là, qu’il s’agisse de commentaires émerveillés à la suite d’une rencontre passionnante ou de l’agacement, pour ne pas dire la colère de certains festivaliers s’étant vus refuser l’entrée à un événement tant convoité, malgré de longues files d’attente…
Parmi les temps forts de ce festival auxquels j’ai eu la chance de participer, il y a eu, le dimanche matin, la projection du documentaire Composer les mondes d’Eliza Lévy, dont la caméra suit les tribulations d’étranges animaux nocturnes, et, sans transition, Philippe Descola et Anne-Christine Taylor, sa femme, ethnologues tous les deux, à la rencontre d’habitants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
Parrain de l’édition 2024, Yasmina Khadra est entré en scène lors de la cérémonie d’ouverture du salon Lire en poche en se déclarant président à vie ! Que ce soit pour cette soirée, ou pour le grand entretien mené par Sylvie Hazebroucq, il est applaudi par un auditoire conquis. Il est jovial et doué d’une facilité à entrer en contact avec ses lecteurs. Il le prouvera encore lors du petit déjeuner littéraire animé par Babeth des Liseuses de Bordeaux.
Cœur d’amande : Celui-là madame, c’est un bijou !
Comment ne pas craquer devant un auteur qui vous vend ses romans comme des petits pains tout chauds ! Nestor, le personnage principal de son dernier roman a la même détermination que Yasmina Khadra à être lui-même. Il est inébranlable dans ses convictions. Selon l’auteur, c’est le seul point commun.
La différence entre le personnage et moi, c’est que Nestor va à la conquête de tout ce qu’il veut. Moi j’ai toujours attendu. Si vous voulez me chercher à travers mes textes, il y a Yassin dans les Vertueux. On accepte car on pense que tout ce qui nous arrive est une leçon de vie. Ce sont les épreuves qui forcent les convictions. La difficulté est comme un défi à relever. Si vous n’y arrivez pas, ce n’est pas grave. Mais c’est fuir la difficulté qui est grave.
Cœur d’amande nous entraîne de Montmartre au sud de la France avec un passage en Norvège. Nestor vit avec sa grand-mère après avoir été abandonné par sa mère. Chaque difficulté devient chez lui une force. Yasmina Khadra nous fait très rapidement oublier le handicap de son personnage principal parce qu’il le voit identique aux autres. C’est un auteur qui aime les hommes et les femmes et qui se dirige toujours vers ce qui l’enchante. Dans ce roman qui n’épargne pas Nestor, les personnages qui l’entourent sont tout aussi importants. La solidarité, l’amitié sont des valeurs récurrentes dans les romans de l’auteur algérien.
Les petits déjeuners littéraires sont des occasions exceptionnelles offertes par le salon Lire en Poche de rencontrer un auteur et de pouvoir échanger avec lui en petit comité. Cette année, c’est autour d’une autrice que je lis et qui m’enchante depuis plusieurs années, Véronique Ovaldé, qu’une dizaine de lectrices et moi-même avons eu le plaisir de nous rassembler.
Véronique Ovaldé arrivait porteuse d’une riche actualité littéraire, un roman, Jeune fille en colère sur un banc de pierres, et un recueil de nouvelles – son premier – A nos vies imparfaites, publié au début de l’année et récompensé au printemps dernier du prix Goncourt de la nouvelle 2024.
Il est intéressant de lire un auteur sur un temps long, sur plusieurs livres. De suivre les développements de sa pensée en observant ses récurrences, ses variations et ses bifurcations.C’est ainsi que nous avons échangé avec Véronique Ovaldé sur les figures et thématiques présentes dans son œuvre depuis ses premiers romans et qu’elle explore encore dans Jeune fille en colère sur un banc de pierres : l’île, le départ et l’émancipation.