Long Island de Colm Toibin

J’ai découvert il y a peu de temps l’auteur irlandais Colm Toibin. Son roman Long Island dont la jaquette a attiré mon regard, est le dernier opus d’une importante production littéraire. Dès la page 3, l’intrigue est lancée : quelques paroles adressées par un inconnu à Eilis, le personnage principal de l’histoire, vont jeter un pavé dans la mare de la vie bien ordonnée d’une famille américaine de Long Island.

Il a tout réparé chez nous. Il a même fait un peu plus que ce qui était précisé dans le devis. A vrai dire, il est revenu régulièrement à des moments où il savait que la maîtresse de maison serait là et pas moi. Et il a fait un boulot de plomberie si efficace qu’elle va avoir un bébé en août.

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La vie privée d’oubli de Gisèle Pineau

Un 23 novembre 2024, à La Villa Valmont de Lormont se réunissaient deux autrices : Beata Umubyeyi Mairesse et Gisèle Pineau autour de la figure de Maryse Condé, à l’invitation de Lettres du Monde. C’est donc bien entendu de littérature caribéenne dont il a été longuement question, aussi quelle meilleure occasion pouvais-je trouver pour me replonger dans cette littérature abondante et riche en Histoire et en histoires sinon en écriture ? 

Le dernier roman de Gisèle Pineau, « La vie privée d’oubli », raconte justement une longue histoire dans l’Histoire. Elle débute en Afrique à la toute fin du XVIIIe siècle, quand la traite négrière battait son plein, se poursuit en Guadeloupe et se diffracte dans le monde entier à travers toutes sortes de personnages, aussi nombreux que singuliers, tous en lien et l’ignorant.

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La saison des bêtises de Mathilde Henzelin

Avant de commencer à parler de ce premier roman saisissant, je tenais à écrire quelques lignes sur cette maison d’édition : Les Avrils.  Fondée en 2020 par Sandrine Thevenet et Lola Nicolle, elle a déjà publié 39 ouvrages dont La petite Bonne de Bérénice Pichat et Camille va aux anniversaires d’Isabelle Boissard qui ont fait l’objet d’articles au sein des Liseuses. Personnellement, j’en suis à mon troisième ouvrage de cette maison, et je suis conquise par les auteurs talentueux qu’elle abrite. Une de mes dernières découvertes : Poupées Roumaines de Marie Khazrai ! Une histoire familiale qui nous entraîne dans les profondeurs et secrets d’une famille de femmes de l’Europe de l’Est. Ecrit dans un style théâtral et énergique, Marie Khazrai se plonge dans ses racines, tente de comprendre les liens intra familiaux et les silences de cet univers matriarcal où l’inceste  a creusé une brèche. En lisant ces trois livres, j’ai apprécié la singularité, l’élan créatif et l’engagement sur le sujet traité par ces trois autrices. Chacun d’eux a laissé une trace en moi, leurs personnages m’habitent encore.

Dans La Saison des bêtises, Mathilde Henzelin, jeune scénariste de 34 ans, nous parle d’un sujet obsédant qu’est l’addiction. Pas n’importe laquelle, celle aux drogues dures. Elle nous raconte une partie de la vie de Victoire, de ses 25 à 30 ans, de manière intime, parfois crue et âpre sur son rapport à la drogue. Elle la livre avec beaucoup de sensibilité et de finesse et, comme dans un journal de bord, nous confie son quotidien et ses traversées. Elle nous parle des rencontres qu’elle fait qui sont facilitées par les drogues, ses passages à l’acte, son addiction croissante et plus au moins maîtrisée, les ressentis de son corps avec ses « hight » et ses descentes. Un travail d’écriture profondément sensoriel qui oscille en permanence.

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Miss Eliza d’Annabel Abbs

Si vous aimez la poésie et cuisiner, ce livre est fait pour vous. Inspiré de la vie d’Eliza Acton, poétesse mais également créatrice du livre de cuisine moderne, ce roman met en lumière cette personnalité méconnue du milieu du XIXème siècle en Angleterre. Les livres de cuisine existaient avant que ne paraisse le sien, mais aucun ne listait les ingrédients ni les proportions. Son livre révolutionne l’écriture culinaire par sa nouveauté en mettant fin aux approximations dans les mesures et l’écriture inélégante de ses prédécesseurs. De plus, elle cherchait à trouver les mots justes pour écrire une recette. Tout comme un poème, elle considérait qu’elle devait être le reflet exact de notre cœur. Car « un bon plat peut arrêter le temps », on peut sentir l’extase du moment. Au-delà de sa volonté de faire un livre accessible aux ménagères, elle voulait écrire.

J’ai aimé l’écriture distinguée d’Annabel Abbs qui reflète bien l’ambiance de l’Angleterre victorienne. Partant de documents d’archives sur Eliza Acton, l’autrice a imaginé une histoire sur la relation d’amitié entre Eliza et son aide cuisinière Ann Kirby. Elle utilise une intrigue autour de secrets de famille qui vient rythmer l’évolution des expériences culinaires que ces deux femmes vont entreprendre pour rédiger ce fameux livre de cuisine qui deviendra un best-seller en Angleterre.

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