Une librairie spécialisée en architecture à la Réole

La Réole deviendra-t-elle la prochaine ville du livre et des arts ? L’implantation de Technè bookshop depuis un an dans cette commune va dans ce sens. C’est la troisième librairie spécialisée qui vient compléter les divers choix déjà en place (généraliste avec La folie en tête et un bouquiniste bordelais qui a deux boutiques à la Réole, La nuit des Rois) et sûrement pas la dernière… On y trouve principalement des ouvrages dédiés à l’architecture, à l’art et à l’artisanat.

En plus de cette librairie en ville, Technè est une plateforme numérique qui permet la vente en ligne et présente des contenus éditoriaux (dont des podcasts et des entretiens réalisés avec des architectes, des artisans et des artistes). Le but étant de diffuser, promouvoir et sensibiliser à la culture du bâti, aux savoir-faire et au patrimoine par les livres et l’édition.

J’ai rencontré Flora Bonnemé qui est à l’origine de ce concept très riche. Après avoir été architecte pendant dix ans, elle a travaillé à la librairie du centre Beaubourg à Paris avant de venir réaliser ce rêve dans notre région. La Réole est une ville qui bouge, avec de nombreux acteurs dynamiques autour du secteur de la culture. Flora a donc fait le pari de se lancer dans une petite commune prête à développer ce domaine. Elle m’a dit avoir orienté ses achats pour la librairie vers les livres iconiques pour les étudiants et les architectes, les livres importants dans ce domaine, les thématiques auxquelles elle était sensible.

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Une nuit après nous, de Delphine Arbo Pariente

Mona a épousé Paul d’un second mariage, ils ont eu Rosalie, et puis Mona a rencontré Vincent. Je vous arrête tout de suite, ce n’est pas un roman sur l’infidélité. Oui, Vincent occupe toutes ses pensées. Elle a beau lutter, rien n’y fait. Elle ne comprend pas pourquoi. Ils parlent, beaucoup et Vincent se raconte. En l’écoutant parler de son passé, Mona plonge dans ses propres souvenirs et les failles de son existence.

Vincent devient son confident. Il est curieux d elle. Il veut connaître le plus intime de ses visages.

Cette rencontre sera un déclic. Mona va écrire avec frénésie son histoire familiale. C’est le début de la collision avec elle-même.

J’ai cru que j’aimais Vincent pour oublier, mais je l’aimais pour me souvenir.

Commence alors le cœur du roman.

L’histoire d’une famille de juifs séfarades qui doivent fuir du jour au lendemain la Tunisie en laissant tout derrière eux. Nous sommes dans les années 60 en France, ce pays où ils viennent d’arriver épuisés. La mère de Mona est une des filles de cette famille. Elle a grandi à Tunis dans un quartier huppé. Ils étaient heureux jusqu’à ce que la peur les fasse partir comme des voleurs. La fillette grandit en France dans la privation avant que les choses s’arrangent un peu. A 18 ans, on la marie avec un émigré comme eux. La vie est dure pour ce jeune couple. Pour survivre, ils volent de la nourriture en supermarché. Puis enceinte, la mère porte des vêtements larges pouvant cacher des camemberts et des vêtements pour le bébé à venir. Mais elle n’en peut plus de suivre son époux qui en veut toujours plus.

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La vengeance m’appartient, de Marie N’Diaye

Bordeaux et ses proches environs sont les lieux où se situe l’action du dernier roman de Marie N’Diaye, La vengeance m’appartient, publié en 2021 chez Gallimard.

Marie N’Diaye se saisit de cette ville qui lui est familière mais ne la réduit pas à un décor. Au contraire, elle lui accorde une fonction métaphorique dans cette histoire qui ne laisse pas d’inquiéter. Nous sommes en hiver, Bordeaux est humide et gelée comme la mémoire gelée de Me Susane, comme la colère d’un client persuadé de porter le nom d’un négrier et qu’il veut changer « pour se dégager de l’ignominie ».

Avocate à Bordeaux, Me Susane est saisie d’une affaire horrifiante, l’assassinat de trois enfants par leur mère, dont le mari, Gilles Principaux, est celui en qui elle pense reconnaître un adolescent croisé à l’époque de son enfance, un souvenir qui n’arrive pas à briser la glace de sa mémoire.

L’impression violente qu’elle avait éprouvée quand Principaux était entré pour la première fois dans son bureau, cette impression qu’elle l’avait connu jadis à Caudéran et que cette unique mise en présence, cette singulière bataille avaient engendré « Maître Susane », elle ne la retrouvait pas. 

Ce patronyme, Principaux, l’amène à enquêter sur cet évènement passé devenu illisible. Elle associe à ce questionnement ses parents vivant à La Réole, sa femme de ménage Sharon, une femme sans papier, vivant à Lormont. Toute une géographie sociale est mise en place.

A Me Susane – c’est ainsi qu’elle est froidement nommée tout au long du roman, sans qu’un prénom ne vienne jamais dessiner une identité – Marie N’Diaye donne une voix intérieure, fenêtre ouverte sur ses pensées et ses sentiments dans une langue dense, charnue où il est question de « flétrissure », de « profanation » et de « martyrs », qui parle de douleurs morales infligées par cet événement passé, cette « une tumeur enkystée ».

Rien n’est lumière dans ce roman de Marie N’Diaye, parce que ce Bordeaux hivernal est particulièrement sombre et froid, parce que le mal est diffus, pas toujours identifiable mais terriblement attaché à notre humanité, parce que nos questionnements de lecteur se heurtent constamment à une fin de non recevoir.

C’est d’ailleurs bien là tout l’intérêt de ce roman qui interroge la mémoire faillible, oublieuse mais aussi à l’affût, capable de geler une existence douloureusement en quête de son identité. Il est inutile donc d’attendre que l’auteur livre un résultat ou un dénouement. L’énigme reste entière mais les drames qui se jouent dans ce roman occupent l’esprit longtemps après la lecture.

Véronique, le 21 juillet 2022

La vengeance m’appartient, Marie N’Diaye, Gallimard, 2021.

Les larmes de l’ETA, de Michel Sandoli

Pays basque et liberté. Voilà la définition de l’ETA. Se basant sur son expérience professionnelle à la police judiciaire, l’auteur Michel Sandoli nous livre un roman noir qui replace avec précision le dessein des groupes terroristes au pays basque. C’est un roman en deux parties.

La première nous plonge dans les années 80. Blanchard est alors chef du groupe de répression de la fausse monnaie. On lui demande d’abandonner une enquête alors qu’il s’apprête à mettre à jour un trafic de faux dollars. Au pays basque un berger français, Inaki Garaikoetxea, qui prône un peuple basque unissant français et espagnol, est froidement assassiné par un agent du GAL (groupe antiterroriste de libération). 

La seconde partie du roman nous entraîne 20 ans plus tard. Le frère d’Inaki, Anton, sort de la prison de Gradignan après avoir purgé sa peine pour l’assassinat du meurtrier présumé de son frère. Blanchard, qui a rejoint la brigade criminelle, accompagné de deux collègues vont le mettre sous protection après une tentative d’enlèvement. L’ETA a bien déposé les armes mais leur trésor de guerre n’a jamais été trouvé. Quel est le rapport avec ce berger ? Pour le savoir il faut lire les larmes de l’ETA.

Les éditions Sud Ouest ont commandé, à plusieurs auteurs, des romans noirs avec comme point commun le lieu de l’action : le Sud Ouest de la France. Ces livres sont distribués en maisons de la presse et sur le site SORoman.

J’ai beaucoup apprécié lire une intrigue qui se situait dans des lieux où j’avais soit vécu soit connu en vacances (région bordelaise, les landes et le pays basque). D’autre part c’est un récit extrêmement bien documenté sur le fonctionnement de la police, des services de renseignement en France et en Espagne et sur l’histoire contemporaine du pays basque. Un bon roman pour cet été.

Babeth le 14 juillet 2022

Les larmes de l’ETA, de Michel Sandoli, éditions Sud Ouest