Camille va aux anniversaires d’Isabelle Boissard

C’est après avoir lu La petite bonne de Bérénice Pichat, chaudement recommandé par Pauline il y a quelques semaines de cela, que je me suis intéressée à la toute récente maison d’édition Les Avrils (2020) et qu’en flânant sur leur site Internet, je suis tombée sur Camille va aux anniversaires d’Isabelle Boissard. Ce qui m’a immensément plu déjà en parcourant ce site est que chaque roman publié par cette maison y est présenté avec « l’intention de l’auteur » décrite en quelques lignes. Et l’intention d’Isabelle Boissard m’a donné envie de découvrir ce roman dont je ne résiste pas à vous livrer tout de suite un extrait qui en donne le ton :

« Comme il y a des scènes de la vie conjugale, il y a des scènes de la vie amicale. On ne fait pas de thérapie entre amis et pourtant. En amitié aussi, il y a ceux qui aiment plus, qui donnent plus, ceux qui sont bourreaux, ceux qui sont victimes, il y a ceux qui gagnent, ceux qui perdent, ceux qui admirent, ceux qui sont admirés. Le problème avec l’amitié, c’est le polyamour. »

Dit autrement, Isabelle Boissard prend résolument dans ce roman le point de vue du satiriste qui va nous chercher jusque dans nos derniers retranchements et quel meilleur dernier retranchement que l’amitié ? Si ce rempart cède aussi, autant dire que la nappe est embarquée avec les couverts et qu’il n’y a plus de saint auquel se vouer… Précisément, ce à quoi nous confronte I. Boissard au travers du personnage de Camille, c’est que même en amitié, la compétition, la performance, le narcissisme sont là, tapis dans une ombre plus claire qu’obscure, prêts à nous donner dans ce domaine aussi une bien piètre image de nous-mêmes. Piètre mais tellement juste et drôle. En somme, que ce soit en amour ou en amitié, I. Boissard nous montre que l’autre reste désespérément celui dont

« …. on attend une validation, une réponse à la question « qu’est-ce que je vaux ? »

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Toute passion abolie de Vita Sackville-West

Le titre en dit déjà beaucoup ;

De passion, il n’en est plus trop question, 

L’abolition ; l’annonce d’une fin de vie. 

Tout commence avec le décès de Sir Henry Holland, premier comte de Slam, aux multiples titres et honneurs, âgé de quatre-vingt-quatorze ans. Dans cet univers aristocratique du vingtième siècle, les relations sont policées et la bienséance semble être le mot d’ordre. Lady Slane, personnage principal de ce roman, épouse exemplaire, a partagé sans faillir l’existence de son défunt mari, de voyages en réceptions, de mondanités en œuvres caritatives. Cette lady âgée de quatre-vingt-huit ans jusqu’alors si docile, décline la proposition faite par ses enfants de l’accueillir à tour de rôle, la pensant anéantie par ce deuil et désireuse d’être entourée. Contre toute attente, elle choisit de s’installer dans un cottage situé à Hampstead, en banlieue de Londres. 

« Leur mère avait perdu l’esprit ! Depuis toujours certes, ils estimaient qu’elle n’était pas une femme de tête mais cette fois-ci une certitude venait de s’imposer à eux : le grand âge avait irrémédiablement affecté sa lucidité »

Ce premier acte d’indépendance assumé, Lady Slane va éloigner avec fermeté les membres de sa famille, enfants et petits-enfants. 

« J’entends devenir complètement égoïste, comment dire m’immerger dans mon grand âge. Pas de petits enfants, ils sont trop jeunes. Aucun n’a la quarantaine. Pas d’arrières petits enfants non plus ! Ce serait pire je ne veux pas de cette jeunesse qui non seulement s’agite mais cherche toujours en plus à savoir pourquoi……. Je ne veux auprès de moi que des personnes plus près de la mort que de la naissance. »  

Accompagnée de sa fidèle domestique Genous, Lady Slane choisit ses relations et décide de finir ses jours, entourée de trois messieurs, triés sur le volet, aux personnalités atypiques ; le propriétaire des lieux, l’artisan en charge des travaux et Mr Fritzgeorge, entrevu quelques décennies plus tôt. 

« Tous les trois étaient trop âgés pour jouer au plus fin, entrer en compétition, s’espionner ou tenter de marquer des points sur l’adversaire…. Ensemble ils vivaient tous les trois leur grand âge, ce moment de la vie où il n’est plus nécessaire de se parler pour se comprendre. Qu’ils semblaient loin, ces jours autrefois vécus dans la violence des passions excessives et brûlantes, où le cœur semblait prêt à se briser sous l’assaut des désirs complexes et contradictoires ! » 

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Le grand prix de littérature américaine 2024 : Bien-être de Nathan Hill                                    

J’ai découvert l’écrivain américain Nathan Hill il y a quelques années lorsque son premier roman, Les fantômes du vieux pays, a trouvé place sur les présentoirs des librairies françaises. Le livre m’avait, déjà à l’époque, beaucoup plu. Sept ans plus tard, sort son deuxième roman, un gros pavé de presque 700 pages, intitulé Bien-Être. Je m’y suis attelée. Un vrai coup de cœur !

Non content de tenir le lecteur en haleine par une construction brillante, l’auteur le fait rire du début jusqu’à la fin: l’humour affleure à chaque coin du récit et garantit des instants de lecture jubilatoires. Mais attention, dans la satire de la société moderne américaine qu’offre le roman, nul n’est épargné et certainement pas le lecteur.

Alors de quoi s’agit-il ? D’un couple d’étudiants, Jack et Elizabeth ; l’auteur décrit leur rencontre à Chicago au début des années quatre-vingt-dix, leur coup de foudre, leur vie de bohème dans le Chicago artiste underground, leur conviction d’avoir trouvé l’âme sœur et le mode de vie auxquels ils étaient destinés. C’est ce qui leur permet – du moins le pensent-ils – de rompre avec leur milieu d’origine et de mettre de côté ce qui les avait marqués négativement jusqu’alors. Ils étaient venus l’un et l’autre à Chicago pour devenir orphelins.

Et puis vingt ans plus tard, nous retrouvons les mêmes, un peu fissurés dans leurs certitudes, plus tout à fait en harmonie, mariés, parents d’un enfant pas toujours commode, penchés sur les plans de l’appartement pour la vie qu’ils envisagent d’acheter car plus adapté à leurs besoins. Selon toute évidence, ils ont perdu le fil rouge des débuts heureux : il faut bien composer avec les contraintes de la vie d’adulte, au risque d’ailleurs de se laisser rattraper par les tendances du nouvel air du temps. Elizabeth pense à l’avenir. Elle a décidé qu’il était temps de remonter la courbe en U de la vie,

« ce phénomène bien connu de certains économistes et des psychologues comportementaux selon lequel, sur une vie, le bonheur avait tendance à suivre un schéma familier : les gens étaient plus heureux dans leurs jeunes années puis pendant leur vieillesse que pendant les décennies du milieu…le bonheur touchait le fond entre les deux. »

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Rencontre avec les nominés du prix de littérature française de Lire en poche

@photos Seb Perchec / Lire en Poche 2024

Les organisateurs de Lire en poche nous ont fait un très beau cadeau : accompagnée de quatre instagrameuses, j’ai pu discuter avec 5 des auteurs nominés pour le prix de littérature française : Avril Bénard (A ceux qui ont tout perdu, J’ai lu), Fanta Dramé (Ajar-Paris, Harper Collins), Guillaume Lebrun (Fantaisies guerrillères, Christian Bourgois), Hadrien Bels (Tibi la blanche, Proche), Feurat Alani (Je me souviens de Faloujah, Le livre de poche). Pour plusieurs d’entre eux, ils présentaient leur premier roman.
Une rencontre intimiste et détendue où chacun nous a livré des éléments sur son processus d’écriture. Comment ils en sont arrivés à écrire leur roman mais également leurs doutes. Ce moment était bien trop riche pour le garder pour moi, j’avais envie de le partager avec vous et d’en garder une empreinte écrite.

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