Miss Eliza d’Annabel Abbs

Si vous aimez la poésie et cuisiner, ce livre est fait pour vous. Inspiré de la vie d’Eliza Acton, poétesse mais également créatrice du livre de cuisine moderne, ce roman met en lumière cette personnalité méconnue du milieu du XIXème siècle en Angleterre. Les livres de cuisine existaient avant que ne paraisse le sien, mais aucun ne listait les ingrédients ni les proportions. Son livre révolutionne l’écriture culinaire par sa nouveauté en mettant fin aux approximations dans les mesures et l’écriture inélégante de ses prédécesseurs. De plus, elle cherchait à trouver les mots justes pour écrire une recette. Tout comme un poème, elle considérait qu’elle devait être le reflet exact de notre cœur. Car « un bon plat peut arrêter le temps », on peut sentir l’extase du moment. Au-delà de sa volonté de faire un livre accessible aux ménagères, elle voulait écrire.

J’ai aimé l’écriture distinguée d’Annabel Abbs qui reflète bien l’ambiance de l’Angleterre victorienne. Partant de documents d’archives sur Eliza Acton, l’autrice a imaginé une histoire sur la relation d’amitié entre Eliza et son aide cuisinière Ann Kirby. Elle utilise une intrigue autour de secrets de famille qui vient rythmer l’évolution des expériences culinaires que ces deux femmes vont entreprendre pour rédiger ce fameux livre de cuisine qui deviendra un best-seller en Angleterre.

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« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » d’Emil Ferris (tome 1 et 2)

Précipitez-vous, Karen Reyes n’est pas un monstre, pas plus que ne l’est la galerie de personnages qui l’accompagne; ils sont humains, terriblement, parfois atrocement humains et c’est cela qu’ils ont sans doute de monstrueux. Karen Reyes n’est pas un monstre, c’est une petite fille mi loup-garou mi humaine, sans que ne soit tranchée d’ailleurs, la question de savoir si sa représentation en loup-garou correspond à la façon dont les autres la voient ou dont elle, elle se voit… Elle est étrange, en tout cas comme tous ceux qui prennent vie autour d’elle, humains, peluches, morts, ombres, fantômes peut-être…  Tout ça s’entre-mêle, vous captive et ne vous lâche pas.

Je lis peu de BD et de romans graphiques mais lorsque je suis tombée il y a quatre ans face à la couverture du tome 1 de Moi ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris, je me suis tout de suite dit que celui-là était pour moi. Le titre tout d’abord et le dessin, dingue, à tomber… Je sais depuis que le stylo Bic quatre couleurs est une arme magique qui permet de créer des dessins d’une précision, d’une profondeur, d’une beauté à couper le souffle. Dans le tome 2 d’ailleurs, il sert à représenter des chefs d’œuvre de la peinture que Karen découvre au Musée avec son frère.

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La femme au Dragon Rouge, de J.R. dos Santos

Découvert et édité en France par les éditions Hervé Chopin, J.R. Dos Santos est un ancien reporter de guerre. Journaliste, il est depuis de nombreuses années le présentateur vedette du 20H au Portugal. Ecrivain, il est connu dans le monde entier avec la saga Tomas Noronha, cet éminent professeur d’histoire spécialisé en cryptologie dont on suit les aventures qui servent toujours le même but : remettre en cause une vérité préétablie. Ce qui fait la force des romans de J.R. Dos Santos, c’est l’énorme travail de recherche, d’analyse d’une situation derrière chacun de ses romans.

Et c’est justement l’aspect géopolitique de son dernier thriller érudit qui m’a intéressé. Dans « La femme au dragon rouge » nous suivons deux intrigues en parallèle qui finissent par se croiser. D’une part Tomas Noronha doit retrouver sa compagne enlevée en Inde avec une mystérieuse femme au voile noir. D’autre part, nous découvrons une jeune Ouïghour en Chine, dans la région du Xinjiang, où les Hans forment la majorité ethnique. A travers elle, nous suivons le plus grand système de censure, de surveillance et de contrôle de la population au monde avec des violations massives de la vie privée et des droits des personnes. Installant des caméras dans chaque rue, mais également dans les logements des minorités ethniques, la surveillance devient aussi normale que l’air qu’on respire. Puis, c’est l’atrocité des Laogai, ces camps de concentration soit disant crées par le parti communiste chinois pour prévenir l’extrémisme, le terrorisme et le séparatisme, qui sont décrits.

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Tarentule d’Eduardo Halfon : prix Médicis Etranger 2024

« Ils nous ont réveillés en criant. Nous étions couchés sur nos lits de camps dans l’immense tente verte. Pas un des douze ne se risquait à ouvrir la bouche. Pas un n’osait bouger dans son sac de couchage. J’ai tourné la tête dans le lit d’à côté. Dans la lumière opaque de l’aube, j’ai trouvé le visage de mon frère qui, lui aussi, me contemplait, m’interrogeant du regard sur ce qui se passait dehors, ce que signifiait tous ces cris…Quelqu’un s’approchait de notre tente… Sur le seuil se dressait la silhouette de Samuel Blum, notre instructeur, notre ami et protecteur inconditionnel, mais à présent vêtu d’un uniforme noir, une matraque à la main, éructant des cris et des ordres qu’aucun enfant allongé-là ne comprenait. Sur son bras gauche- il m’a fallu un moment pour m’en rendre compte-marchait une énorme tarentule. »

Ce qui m’a en premier lieu attirée vers ce livre, c’est cette couverture. Ce jeune enfant casqué, au garde à vous et tenant une arme aussi haute que lui, ça dérange. Il a ce regard dur et défiant d’un être qui a vu et vécu des choses trop difficiles pour son âge. Il m’a saisie quand je suis passée devant le rayonnage, et m’a surtout interrogée. J’ai eu besoin d’en savoir plus, j’ai acheté ce livre de cet auteur que je ne connaissais pas et je ne l’ai pas lâché. Un livre qui mérite selon moi l’honneur qui lui a été fait.

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