Rencontre ce dimanche 13 octobre à l’occasion du salon du livre Lire en Poche d’une sémillante jeune autrice, Manon Fargetton, très suivie par un jeune public allant de 8 à 18 ans et pourquoi pas à 88 ans, si l’on en croit l’intérêt manifesté par les adultes présents à la rencontre.
En effet, dans ses nombreux livres, Manon Fargetton explore tous les univers, fantastique, fantasy, réaliste même, dans des romans contemporains comme par exemple « Quand vient la vague » suivi de « En plein vol » écrit en collaboration avec Jean-Christophe Tixier où une fratrie affronte la trahison de leurs parents, de science fiction sous la forme d’un roman d’apocalypse « Dix jours avant la fin du monde » qui conduit le lecteur à s’interroger sur le sens ultime de la vie quand le monde s’anéantit, ou encore « Tout ce que dit Manon est vrai », roman très personnel où l’auteure raconte l’histoire d’une emprise qu’elle a elle-même vécu pendant l’élaboration de son premier livre.
Ma dernière lecture n’a pas rejoint l’actualité littéraire de la rentrée mais a plutôt fait un petit pas en arrière pour retrouver le roman d’Alice Ferney « Deux innocents » paru en mars 2023, comme toujours chez Actes Sud.
Dire qu’Alice Ferney est une auteure aimée ne suffirait pas à exprimer le plaisir renouvelé que j’éprouve à la retrouver dans l’écriture. Cette fois encore ne fait pas exception.
De quoi s’agit-il ? D’une femme, la quarantaine modeste, épouse et mère d’un garçon de dix ans, professeur de français dans un établissement associatif, « l‘Embellie », qui accueille des jeunes handicapés mentaux et cognitifs. Cette femme nommée Claire Bodin donne toute son énergie, ses compétences, son amour empathique à sa classe d’élèves mais d’une façon qui fait problème du moins aux yeux de la directrice et de parents blessés dont « La difficulté les écorche et les rend imprévisibles. Je ne les accuse de rien, mais s’ils sont fous de douleur –et je crois qu’ils le sont-, ils deviennent capables de n’importe quoi. Et qui en fera les frais ? Toi. » la préviendra son frère.
Claire n’entend pas la menace, on aurait presque envie de la secouer, cette innocente, et de crier « Au feu ! ». Elle ne la comprend même pas puisque qu’elle sait qu’elle donne tout de tout son cœur, sans la moindre arrière-pensée, assurée d’apporter à ces adolescents le respect et l’amour qu’ils méritent, de permettre par ses méthodes d’enseignement les progrès dont ils sont capables, de susciter leur créativité et leur curiosité enfin de leur redonner de la valeur. Claire saisit bien pourtant son époque, cette ère du doute, « Le climat général la perturbe (…) Claire se sent navrée par cette civilisation de la suspicion. Comment vivre dans cette ambiance ? Comment exercer un ministère ? » mais « elle surestime le pouvoir de son innocence » et ne voit pas que sa manière d’être peut être interprétée, que les mots sont plastiques et particulièrement le verbe aimer. « Je t’aime beaucoup, je t’aime, tu es important pour moi » trouvé dans un SMS est la preuve de sa corruption et rien n’y résistera. D’ailleurs lors de son procès, c’est un procès des mots qui se tiendra :
« Depuis le commencement de l’affaire, ses propres mots ne conviennent à personne. On les lui a retirés de la bouche. On a tari sa volubilité habituelle, loyale et chaleureuse »
Trente ans après sa première édition chez Seghers L’envol d’Icare de Jacques Lacarrière propose à nouveau sa lecture aussi passionnante que nourrissante. L’auteur prolonge notre connaissance du mythe d’Icare, son envol et sa chute, en nous offrant huit clefs d’interprétation parmi toutes celles existantes, ses différentes versions et représentations picturales, tant ce mythe est inépuisable.
Si Icare, cet homme-oiseau, incarne le désir des hommes de se libérer de l’apesanteur jusqu’à manifester sa démesure dont il sera puni, le sens et l’intérêt de son mythe repose sur son invention technique : des ailes artificielles qui pourront être reproduites et imitées jusqu’à conduire des aspirants bien réels à rejoindre l’azur mais qui tous chuteront mortellement.
Ta chute, écrit Lacarrière à Icare, a servi d’exemple non à ceux qui rêvaient de voler mais à ceux qui vivent sans rêve.
Lacarrière démontre que les mythes ne meurent jamais, et particulièrement ceux qui mettent en scène des héros foudroyés parce que « ceux qui sont censés penser ne s’intéressent jamais aux gens heureux ». Il fallait donc chuter pour gagner l’immortalité.
Véronique, septembre 2024
L’envol d’Icare, de Jacques Lacarrière, éditions Seghers, mai 2023
Dominique Bona, académicienne, romancière et biographe talentueuse (elle a écrit une biographie de Stefan Zweig, de Romain Gary, de Berthe Morisot ou de Paul et Camille Claudel) nous offre, depuis la publication des Partisans en 2023, la possibilité d’un moment de lecture passionnant et pour mon compte, passionné.
Qui sont donc ces Partisans ? Joseph Kessel et Maurice Druon. Des noms qui éveillent de merveilleux souvenirs de lecture chez ceux qui sont nés au mitan du vingtième siècle. Mais se souvient-on aujourd’hui de ces deux hommes, au moins sous leur identité d’écrivains ? Car ils furent en leur temps deux monuments de notre histoire littéraire dont les œuvres telles que L’armée des ombres, la passante du Sans-souci, Belle de jour, Le Lion pour Joseph Kessel ou Les grandes familles, les Rois Maudits pour Maurice Druon eurent un succès retentissant et durable et parfois planétaire.