Perséphone de Benjamin Carteret

« Fille de Terre, 

Gardienne, Feu, 

Relève-toi. Tu dois te dresser

 D’une posture royale, fière, sacrée,

Dans la plaine où Terre autrefois féconde

A accouché du monde. Que naisse

La Reine Perséphone. Ton

Royaume s’ouvre

A Toi. »

Quoi de mieux qu’un champ de coquelicots pour y apposer la couverture de ce superbe primo-roman. Les connaisseurs y verront l’emblème de la déesse du printemps, la célèbre Perséphone.

Connaissez-vous son mythe ? Cette jeune déesse chthonienne grecque, nommée Koré, née des liaisons incestueuses de Déméter et Zeus, deviendra Perséphone, reine des enfers en épousant le non moins célèbre Aidoneus (Hadès). Les saisons étant régulées par Déméter, quand sa fille disparait dans les enfers après son enlèvement par Hadès, un long hiver s’installe sur la Terre. Le retour de Perséphone auprès de sa mère annonce le retour du printemps.

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Les Sources de Marie-Hélène Lafon

Dans ce court roman en lice pour le prix des lecteurs 2025, Marie-Hélène Lafon nous plonge dans la vie intime et rurale d’une famille de fermiers des années 70.

Cette famille apparait assez rapidement comme dysfonctionnelle au fil de la lecture. Les descriptions photographiques de la mère, du père et des trois enfants dans les scènes de vie du quotidien ont un gout âpre et font naitre une ombre. Cette sensation malaisante s’accentue quand on comprend que la violence est une composante centrale de la dynamique familiale.

Dans le cadre des violences conjugales, un des partenaires assoit son autorité sur l’autre avec la volonté de le dominer. Dans ce texte, la mère est accablée par son quotidien, sa charge de travail pour tenir la maison et éduquer les enfants. On ressent cette lourdeur étouffante dans son accablement, son apathie qui se meut en lente dépression. Elle semble dissociée de son corps, effectuant ses tâches par automatisme. Mettre en place des stratégies de protection est un des moyens qu’elle a trouvés pour éviter les foudres de son partenaire. L’aura du père est présente à chaque instant, elle doit bien faire les choses et tenir son rôle de femme au foyer sinon gare aux regards, aux humiliations, aux coups. La Violence dont on parle est multimodale ; elle est physique, psychologique, sexuelle, verbale. Rien n’est épargné dans cet écrit à qui sait repérer la violence, mais elle reste insidieuse, fondue dans un décor rural où la nature est plus grande.

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La saison des bêtises de Mathilde Henzelin

Avant de commencer à parler de ce premier roman saisissant, je tenais à écrire quelques lignes sur cette maison d’édition : Les Avrils.  Fondée en 2020 par Sandrine Thevenet et Lola Nicolle, elle a déjà publié 39 ouvrages dont La petite Bonne de Bérénice Pichat et Camille va aux anniversaires d’Isabelle Boissard qui ont fait l’objet d’articles au sein des Liseuses. Personnellement, j’en suis à mon troisième ouvrage de cette maison, et je suis conquise par les auteurs talentueux qu’elle abrite. Une de mes dernières découvertes : Poupées Roumaines de Marie Khazrai ! Une histoire familiale qui nous entraîne dans les profondeurs et secrets d’une famille de femmes de l’Europe de l’Est. Ecrit dans un style théâtral et énergique, Marie Khazrai se plonge dans ses racines, tente de comprendre les liens intra familiaux et les silences de cet univers matriarcal où l’inceste  a creusé une brèche. En lisant ces trois livres, j’ai apprécié la singularité, l’élan créatif et l’engagement sur le sujet traité par ces trois autrices. Chacun d’eux a laissé une trace en moi, leurs personnages m’habitent encore.

Dans La Saison des bêtises, Mathilde Henzelin, jeune scénariste de 34 ans, nous parle d’un sujet obsédant qu’est l’addiction. Pas n’importe laquelle, celle aux drogues dures. Elle nous raconte une partie de la vie de Victoire, de ses 25 à 30 ans, de manière intime, parfois crue et âpre sur son rapport à la drogue. Elle la livre avec beaucoup de sensibilité et de finesse et, comme dans un journal de bord, nous confie son quotidien et ses traversées. Elle nous parle des rencontres qu’elle fait qui sont facilitées par les drogues, ses passages à l’acte, son addiction croissante et plus au moins maîtrisée, les ressentis de son corps avec ses « hight » et ses descentes. Un travail d’écriture profondément sensoriel qui oscille en permanence.

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Tarentule d’Eduardo Halfon : prix Médicis Etranger 2024

« Ils nous ont réveillés en criant. Nous étions couchés sur nos lits de camps dans l’immense tente verte. Pas un des douze ne se risquait à ouvrir la bouche. Pas un n’osait bouger dans son sac de couchage. J’ai tourné la tête dans le lit d’à côté. Dans la lumière opaque de l’aube, j’ai trouvé le visage de mon frère qui, lui aussi, me contemplait, m’interrogeant du regard sur ce qui se passait dehors, ce que signifiait tous ces cris…Quelqu’un s’approchait de notre tente… Sur le seuil se dressait la silhouette de Samuel Blum, notre instructeur, notre ami et protecteur inconditionnel, mais à présent vêtu d’un uniforme noir, une matraque à la main, éructant des cris et des ordres qu’aucun enfant allongé-là ne comprenait. Sur son bras gauche- il m’a fallu un moment pour m’en rendre compte-marchait une énorme tarentule. »

Ce qui m’a en premier lieu attirée vers ce livre, c’est cette couverture. Ce jeune enfant casqué, au garde à vous et tenant une arme aussi haute que lui, ça dérange. Il a ce regard dur et défiant d’un être qui a vu et vécu des choses trop difficiles pour son âge. Il m’a saisie quand je suis passée devant le rayonnage, et m’a surtout interrogée. J’ai eu besoin d’en savoir plus, j’ai acheté ce livre de cet auteur que je ne connaissais pas et je ne l’ai pas lâché. Un livre qui mérite selon moi l’honneur qui lui a été fait.

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