Kouplan : le détective sans-papiers de Stockholm

Cela paraît assez improbable : un enquêteur tout chétif qui a peur de croiser les flics et qui se fait nourrir par ses clientes, parce qu’il n’a pas de quoi manger à sa faim. Et pourtant, ça fonctionne bien. L’auteure Sara Lövestam a créé un héros peu commun mais nécessaire pour évoquer les demandeurs d’asile dans les pays scandinaves.
Elle les connaît bien puisqu’elle a donné des cours de suédois aux migrants pendant des années, avant de devenir écrivain.
Kouplan est iranien, il vit dans la rue en Suède bien qu’il ait un niveau d’éducation élevé lié à une enfance protégée dans son pays d’origine. Mais le contexte politique l’a amené à s’enfuir. Pour survivre, il propose ses services de détective privé à des personnes qui préfèrent éviter la police. Ça leur fait un point en commun ! Il est malin et analyse les comportements des individus de façon très perspicace, se basant sur l’idée que chacun agit en fonction d’un certain nombre d’éléments déterminants que Kouplan cherche à découvrir.

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Une envie de chantilly

Comment vous expliquer que, sans cette maudite chantilly, ce roman n’aurait pas existé. Et d’un autre côté si je vous dis pourquoi, vous n’aurez plus de raison de lire ce roman.

Choisir un titre est important. C’est un peu comme La vraie vie. On s’interroge. Encore un feel good avec en plus une couverture tape-à-l’œil (de hyène) ? Non. Ce roman est tout autre.

Nous avons là une famille bien calibrée : un couple avec deux enfants vivant dans un lotissement, quoi de plus banal. Lorsqu’on y regarde de plus près, on découvre un père nerveux et violent (mais qui pleure en écoutant Claude François) à « la carrure d’équarrisseur », passionné de chasse, de TV et de whisky. La mère soumise s’adapte comme elle peut aux humeurs de son mari. Elle ne semble pas servir à autre chose qu’à faire la cuisine et apporte plus d’amour à ses chèvres qu’à ses enfants. Gilles et sa sœur passent la plupart de leur temps dans une décharge et vont voir leur destin bouleversé à cause d’une envie de chantilly (on y revient).

Le plus étrange dans cette famille, c’est la place qu’occupe « la chambre des cadavres » dans leur maison. On y trouve des animaux empaillés qui semblent continuer à exister. Gilles va d’ailleurs changer et sa transformation effraie tellement sa sœur qu’elle décide d’inventer une machine à remonter le temps.

« Ce qui vivait à l’intérieur de la hyène avait migré dans la tête de mon petit frère. Une colonie de créatures sauvages s’y était installée, se nourrissant des lambeaux de sa cervelle. Cette armée grouillante pullulait, brûlait les forêts primaires et les transformait en paysages noirs et marécageux. »
Par moment, j’ai pensé au Magasin des suicides de Jean Teulé en lisant La vraie vie. A la fois drôle et grinçant, ce livre nous fait découvrir des personnages attachants comme ce professeur Pavlovic et son épouse au masque blanc. Nous avançons page à page cachés dans la tête de l’héroïne courageuse, prête à tout pour sauver son frère. Et rien que d’y penser, j’en frissonne encore.
Babeth, février 2019

L’événement : le festival de la BD d’Angoulême

L’événement de ce mois de janvier, c’est le festival de la BD.
La 46ème édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême démarre ce jeudi. Alors que certains salons du livre ont du mal à faire passer la pilule des animations payantes, ce festival cartonne malgré l’augmentation des prix.
J’ai demandé à Elodie et Guillaume, grands amateurs de bande dessinée, leur témoignage. Je les remercie chaleureusement pour tous ces détails.

Depuis combien de temps participez vous au festival d’Angoulême ? Nous participons au FIBD chaque année depuis 2015, ce sera donc notre cinquième édition.Lire la suite »

Le travail d’écriture de Philippe Djian

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Lire en poche 2018 proposait un grand entretien avec Philippe Djian. Après avoir dévoré Oh…, la série des Doggy Bag ou l’inoubliable 37,2° le matin, je ne pouvais pas manquer cette rencontre. D’apparence peu accessible, Philippe Djian nous a livré ses pensées (tous azimuts) sur l’écriture, sans langue de bois. Retour sur ces Uppercuts désenchantés.

Lorsqu’il écrit, Philippe Djian part sans savoir où il va. La première phrase est lancée comme une amorce, et l’histoire se déroule sans plan préétabli.

Je ne reprends jamais l’amorce. Je refuse d’être ennuyé par l’histoire. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est comment les personnages réagissent face aux petits ou aux gros problèmes, comment ils arrivent à vivre, ou pas, ensemble. Je ne mets pas l’histoire au premier chef. Mais écrire un bouquin sans histoire, ce serait sacrément compliqué.

L’idée est de se servir de l’histoire pour développer des thèmes qui lui sont chers. Qu’est ce que c’est que la normalité ? Ou le pardon ?

Je mets des personnages dans une boîte. Ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent sauf sortir sans me demander la permission. J’invente des facettes, je ne m’inspire jamais de personnes que je connais.

Pour lui, il n’y a pas une palette de sentiments étendus qui nous font avancer dans la vie. C’est toujours l’amour, la haine, la passion, la tristesse, la folie… Il faut savoir comment les recycler, s’en resservir. L’histoire va lui permettre de mettre en place un mode de narration.

Faire tenir une phrase debout c’est très compliqué. Le vrai travail de l’écrivain c’est de s’intéresser à la langue. Si vous êtes un apprenti écrivain bouleversé par Proust par exemple, est ce que vous allez essayer de le copier ou essayer d’arriver à son niveau d’écriture ? On peut faire un pas de côté et faire différemment : changer l’angle. C’est ce que j’essaie de faire, car les écrivains qui m’ont bouleversé, ont changé mon regard.  La littérature, ce n’est pas anodin, mes plus grandes émotions, je les ai eues à travers la littérature.

Philippe Djian pense également qu’en écriture, il n’y a pas de mauvais genres:

Il y a de mauvais écrivains, mais pas de mauvais genre.

Pour conclure, il nous parle également de la société d’aujourd’hui et du rôle de l’écrivain:

Je ne comprends pas comment on peut vivre sans lire. Je pense que les écrivains sont utiles dans la vie des hommes. A un moment, il faut rendre ce qu’on nous a donné sinon humainement vous ne valez pas grand chose. Il faut être ébloui par la langue. Il y a une volonté, une envie, une obligation presque de donner la part que l’on a à donner mais aussi de la rendre.

Cet intérêt constant pour le style chez Djian vous donnera peut-être envie de lire cet auteur. Pour ma part je l’apprécie pour son côté « grande gueule » et parce qu’il ose dire qu’il « ne veut pas laisser le roman populaire aux seules mains d’auteurs médiocres » !

Babeth, 4 novembre 2018
Crédit photo Les Liseuses de Bordeaux