Catégorie : Babeth/Isa G.
Une envie de chantilly
Comment vous expliquer que, sans cette maudite chantilly, ce roman n’aurait pas existé. Et d’un autre côté si je vous dis pourquoi, vous n’aurez plus de raison de lire ce roman.
Choisir un titre est important. C’est un peu comme La vraie vie. On s’interroge. Encore un feel good avec en plus une couverture tape-à-l’œil (de hyène) ? Non. Ce roman est tout autre.
Nous avons là une famille bien calibrée : un couple avec deux enfants vivant dans un lotissement, quoi de plus banal. Lorsqu’on y regarde de plus près, on découvre un père nerveux et violent (mais qui pleure en écoutant Claude François) à « la carrure d’équarrisseur », passionné de chasse, de TV et de whisky. La mère soumise s’adapte comme elle peut aux humeurs de son mari. Elle ne semble pas servir à autre chose qu’à faire la cuisine et apporte plus d’amour à ses chèvres qu’à ses enfants. Gilles et sa sœur passent la plupart de leur temps dans une décharge et vont voir leur destin bouleversé à cause d’une envie de chantilly (on y revient).
Le plus étrange dans cette famille, c’est la place qu’occupe « la chambre des cadavres » dans leur maison. On y trouve des animaux empaillés qui semblent continuer à exister. Gilles va d’ailleurs changer et sa transformation effraie tellement sa sœur qu’elle décide d’inventer une machine à remonter le temps.
L’événement : le festival de la BD d’Angoulême
L’événement de ce mois de janvier, c’est le festival de la BD.
La 46ème édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême démarre ce jeudi. Alors que certains salons du livre ont du mal à faire passer la pilule des animations payantes, ce festival cartonne malgré l’augmentation des prix.
J’ai demandé à Elodie et Guillaume, grands amateurs de bande dessinée, leur témoignage. Je les remercie chaleureusement pour tous ces détails.
Depuis combien de temps participez vous au festival d’Angoulême ? Nous participons au FIBD chaque année depuis 2015, ce sera donc notre cinquième édition.Lire la suite »
Le travail d’écriture de Philippe Djian
Lorsqu’il écrit, Philippe Djian part sans savoir où il va. La première phrase est lancée comme une amorce, et l’histoire se déroule sans plan préétabli.
Je ne reprends jamais l’amorce. Je refuse d’être ennuyé par l’histoire. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est comment les personnages réagissent face aux petits ou aux gros problèmes, comment ils arrivent à vivre, ou pas, ensemble. Je ne mets pas l’histoire au premier chef. Mais écrire un bouquin sans histoire, ce serait sacrément compliqué.
L’idée est de se servir de l’histoire pour développer des thèmes qui lui sont chers. Qu’est ce que c’est que la normalité ? Ou le pardon ?
Je mets des personnages dans une boîte. Ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent sauf sortir sans me demander la permission. J’invente des facettes, je ne m’inspire jamais de personnes que je connais.
Pour lui, il n’y a pas une palette de sentiments étendus qui nous font avancer dans la vie. C’est toujours l’amour, la haine, la passion, la tristesse, la folie… Il faut savoir comment les recycler, s’en resservir. L’histoire va lui permettre de mettre en place un mode de narration.
Faire tenir une phrase debout c’est très compliqué. Le vrai travail de l’écrivain c’est de s’intéresser à la langue. Si vous êtes un apprenti écrivain bouleversé par Proust par exemple, est ce que vous allez essayer de le copier ou essayer d’arriver à son niveau d’écriture ? On peut faire un pas de côté et faire différemment : changer l’angle. C’est ce que j’essaie de faire, car les écrivains qui m’ont bouleversé, ont changé mon regard. La littérature, ce n’est pas anodin, mes plus grandes émotions, je les ai eues à travers la littérature.
Philippe Djian pense également qu’en écriture, il n’y a pas de mauvais genres:
Il y a de mauvais écrivains, mais pas de mauvais genre.
Pour conclure, il nous parle également de la société d’aujourd’hui et du rôle de l’écrivain:
Je ne comprends pas comment on peut vivre sans lire. Je pense que les écrivains sont utiles dans la vie des hommes. A un moment, il faut rendre ce qu’on nous a donné sinon humainement vous ne valez pas grand chose. Il faut être ébloui par la langue. Il y a une volonté, une envie, une obligation presque de donner la part que l’on a à donner mais aussi de la rendre.
Babeth, 4 novembre 2018
Crédit photo Les Liseuses de Bordeaux

