Borgo Vecchio

Borgo Vecchio, par Giosuè Calaciura

« Le parfum du pain se présenta à la porte de la boulangerie et prit le Borgo Vecchio par l’arrière. Le boulanger avait beau faire deux fournées par jour, à l’aube et au crépuscule, l’étonnement était tel que personne ne s’était jamais habitué à ce parfum et, deux fois par jour, chacun pensait qu’il n’avait jamais rien senti de semblable et faisait un signe de croix ».

Ainsi débute l’un des plus beaux passages de Borgo Vecchio, magnifique roman de Giosuè Calaciura qui promène le lecteur dans ce quartier de Palerme au gré des effluves du parfum du pain chaud à travers les étals des marchés, les chantiers navals et les ruelles sinueuses ; l’on y croise le moribond du troisième étage, un ouvrier fatigué par son travail au fer à souder, un ivrogne en manque d’alcool…

Pourtant, sous la plume lyrique et poétique de Giosuè Calaciura se joue un drame d’une grande cruauté. Tous les soirs le jeune Cristofaro subit la violence inextinguible de son père avec cette effroyable préscience : il sait qu’il en mourra bientôt. La mère, elle, laisse faire, silencieuse, comme le sont les habitants du quartier. Alors, le jour, malgré les bleus et les cicatrices, Cristofaro part explorer le quartier avec Mimmo, dont le père, boucher, extorque ses clients avec une balance à la tare faussée. Et Mimmo, l’ami, rêve de tuer le père de Cristofaro … Car la vie dans le Borgo Vecchio oscille entre larcins, règlement de comptes et omerta.

Borgo Vecchio est avant tout l’histoire d’une amitié entre trois enfants souvent livrés à eux-mêmes, Cristofaro, Mimmo et Céleste, la fille de la prostituée du quartier. Mimmo part vivre avec son cheval dont les nombreuses victoires dans des courses clandestines font naître en lui quelque espoir d’une vie plus juste ; Céleste, plus sage, lit sur la terrasse en attendant que sa mère ait fini de recevoir ses clients car elle a compris mieux que tous que seul ce qu’elle apprend dans les livres lui permettra de quitter ce quartier. Les enfants, malgré la violence qui les entoure, sont encore capables d’imaginer un avenir meilleur.

Giosuè Calaciura instille des éléments magiques dans le récit – un déluge, un cheval qui parle à un enfant – faisant basculer le récit du côté de la fable. « Pour raconter une histoire aussi extrême de violence, de désespoir existentiel et géographique, je n’avais qu’une seule option : celle de la fable qui permet de transformer une réalité qui flirte avec les limites de la narration, y compris sur le plan émotionnel » confie Giosuè Calaciura.

Ce réalisme magique, très présent chez les auteurs sud-américains comme Gabriel García Márquez, atténue la noirceur et la violence du récit. Tout comme l’humour, même s’il est celui du désespoir… Mais la force de ce roman, c’est la langue de Giosuè Calaciura, foisonnante et précise. Les envolées poétiques promènent le récit entre bien et mal, espoir et désespoir, tendresse et cruauté, réalité et imagination.

A la fois chronique sociale très précise sur les faits et fable avec sa pointe de magie, Borgo Vecchio est un roman captivant. A lire absolument.

Florence, 3 avril 2020

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