Auletris d’Anaïs Nin

Auletris est un recueil de deux nouvelles érotiques inédites d’Anaïs Nin qui mêlent agréablement désir, imagination et érotisme féminins dans une ambiance joyeuse et élégante.

Ce recueil a été retrouvé en 1985 dans une vente aux enchères à Baltimore, alors que les spécialistes d’Anaïs Nin pensaient tout connaître de sa production érotique. Il aura fallu attendre plus de trente ans pour qu’un éditeur américain le publie en 2016, et deux ans de plus pour que les éditions Finitude nous le fassent découvrir en français.

La première nouvelle d’Auletris est une version inédite de «Marcel», un texte que l’on retrouve en version abrégée dans Vénus Erotica, lui aussi recueil de textes érotiques d’Anaïs Nin. L’on y suit les hésitations paralysantes d’un homme fasciné par une femme libre. De fil en aiguille, l’auteure dresse le portrait d’hommes d’après leur vie sexuelle. Dans «La vie à Provincetown», seconde nouvelle du recueil, elle raconte une ville à travers la vie sexuelle de certains de ses habitants. Le point de vue est insolent ce qui n’est pas déplaisant.

«La vie à Provincetown» est un texte inédit d’Anaïs Nin qu’aucun connaisseur de son œuvre n’avait jamais lu. Il semblerait qu’il ait été égaré entre Henry Miller, qui relisait ses textes, et un libraire californien publiant sous le manteau des œuvres érotiques au début des années 40. A cette époque, entre 1940 et 1942, Anaïs Nin a écrit plus de 850 pages de littérature érotique, en s’inspirant notamment de son journal où elle évoque librement le plaisir sexuel féminin.

« A l’abri des buissons, la fille se croyait seule, prête à offrir chaque parcelle de son corps aux rayons du soleil. Elle prit donc tout son temps pour procéder à ce genre d’examen minutieux que les femmes se permettent seulement devant leur miroir. »

La sexualité est écrite avec élégance et les mises en scènes du désir sont évocatrices. L’écriture sensuelle soutient la liberté et l’inventivité de la sexualité féminine.

La transgression est aussi une spécialité d’Anaïs Nin et certaines saynètes de ce recueil peuvent être mal reçues aujourd’hui. Avant de gratifier ce recueil de hashtags « balance ton porc » ou « un pédophile a écrit ce texte », il faut se rappeler que ces textes avaient un commanditaire, amateur de pornographie payant un dollar la page et donnant des consignes d’écriture.

« Il y a des thèmes qui ne passent plus aujourd’hui. On assiste à un retour de l’ordre moral, assez inquiétant par ailleurs », pour Emma Boizet éditrice chez Finitude. « Malgré tout, ce sont des textes écrits par Anaïs Nin qu’on ne peut pas considérer comme étant une femme soumise à une quelconque dictature mâle. Je me suis sentie tout à fait dégagée de ce côté-là. »

Bien que certaines scènes ne soient plus acceptables aujourd’hui – et c’est tant mieux- on peut néanmoins se laisser porter par ces deux textes véritablement littéraires de Nin, qui restent très au-dessus du tout-venant érotique qu’on nous vend en grande surface.

Florence, 19 novembre 2018

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