Les loyautés de Delphine de Vigan

Hélène Destrée est inquiète. A sa manière de se fondre dans le décor, de se soustraire au regard, Théo cache quelque chose. Elle connaît ces signes, toute son enfance remonte à la surface. Les coups, la soumission, les jeux perfides de son père reviennent la titiller, telle la pointe d’un couteau. Hélène est la référente de la classe des 5ème B. Mais plus pour longtemps. Son passé la dépasse…
Cécile a découvert le secret de son mari. Son pseudo sur Twitter qui lui permet d’injurier, de discriminer sans jamais assumer la teneur de ses propos. Elle se parle toute seule, ce qui inquiète son fils Mathis. Il trouve qu’elle a changé, comme si elle menait une vie secrète.
Mais Mathis, toi aussi tu as une vie secrète. Et jusqu’où ira ta loyauté envers Théo ?

Qu’en est-il de ces loyautés qui fournissent à Delphine de Vigan le titre de son roman et dont elle souligne, en préambule à son récit, le caractère équivoque ?

Loyautés porteuses de liens et de valeurs personnelles, mais aussi loyautés tragiques, génératrices de drames qui engendrent des blessures indélébiles que l’individu porte en soi toute sa vie mais qui, si elles ne l’anéantissent pas, peuvent le rendre plus fort.

Il est question de tout cela dans ce livre dont la sobriété de style exacerbe la dureté.

Ce roman, nous l’avons lu d’une traite, happées par l’urgence de la situation où l’avenir/la vie d’un enfant se joue.

On a le coeur serré devant la maladresse des trajectoires en zig-zag des différents personnages, celle du professeur, celle de l’élève en péril, celle de son ami et de la mère de celui-ci. Le jeu pervers des loyautés brouille la donne et maintient quasiment jusqu’à la fin du roman l’intervention salvatrice sur une voie de garage. Le dénouement lui-même est ouvert et ne libère pas le lecteur de la charge émotionnelle accumulée pendant la lecture.

Le livre touche énormément. L’auteur y aborde avec beaucoup de justesse et de finesse ces problèmes répandus dans notre société que sont le chômage et le divorce, dont elle montre que les enfants sont les premières victimes. Elle tisse son récit avec beaucoup d’habileté, évoquant les différentes formes de loyauté : elle en fait le moteur de jeu de notre vie.

Babeth et Marie-France, 10 mai 2018 

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